Les produits dérivés : définition et rôle à l'examen AMF
La définition d'un produit dérivé est le point de départ de tout le thème : un dérivé est un instrument financier dont la valeur dépend de l'évolution d'un actif sous-jacent. Ce sous-jacent peut être une action, un indice boursier, un taux d'intérêt, une devise ou une matière première. L'investisseur ne détient pas directement le sous-jacent : il détient un contrat indexé sur son prix. C'est cette relation de dépendance qui donne son nom à la catégorie.
À l'examen AMF, les produits dérivés font partie des instruments financiers les plus techniques. Les questions vérifient surtout que vous savez distinguer les grandes familles — contrats à terme, options, swaps, produits cotés — et que vous comprenez la logique de l'effet de levier. Les dérivés apparaissent aussi dans les thèmes réglementaires, car ils sont soumis à un cadre spécifique (règlement européen EMIR, entré en vigueur en 2012, qui impose déclaration, compensation centrale et atténuation des risques pour les dérivés de gré à gré).
Avant d'entrer dans le détail, il est utile de situer les dérivés parmi les autres instruments financiers au programme de l'examen AMF : actions, obligations, OPC et ETF. Le dérivé se distingue de tous ces titres par le fait qu'il ne représente ni une part de capital, ni une créance directe, mais un contrat sur un actif.
Les contrats à terme : forwards et futures
Un contrat à terme est un engagement ferme d'acheter ou de vendre un actif à une date future et à un prix fixé aujourd'hui. Les deux parties sont engagées : à l'échéance, l'acheteur doit acheter et le vendeur doit livrer (ou régler l'équivalent en espèces). C'est la grande différence avec l'option, où seule une partie détient un droit.
L'examen AMF insiste sur la distinction entre les deux formes de contrats à terme :
- Le forward est un contrat de gré à gré (over-the-counter, OTC) : négocié directement entre deux contreparties, sur mesure, sans marché organisé. Il expose au risque de contrepartie — le risque que l'autre partie ne tienne pas son engagement.
- Le future est un contrat à terme standardisé (montant, échéance et qualité du sous-jacent normalisés) et coté sur un marché organisé. Une chambre de compensation s'interpose entre acheteur et vendeur et garantit la bonne fin des opérations, avec des appels de marge quotidiens.
À retenir : le future réduit fortement le risque de contrepartie grâce à la chambre de compensation, là où le forward le conserve intégralement. C'est précisément ce mécanisme que le règlement EMIR cherche à généraliser en imposant la compensation centrale d'un maximum de dérivés OTC.
Les options : call, put et prime
L'option est le dérivé le plus interrogé à l'examen. Elle donne à son acheteur le droit, mais non l'obligation, d'acheter ou de vendre un sous-jacent à un prix fixé à l'avance — le prix d'exercice (ou strike) — jusqu'à une échéance donnée. En contrepartie de ce droit, l'acheteur verse une prime au vendeur de l'option.
Deux types d'options structurent tout le raisonnement :
- Le call (option d'achat) donne le droit d'acheter le sous-jacent au prix d'exercice. L'acheteur d'un call anticipe une hausse.
- Le put (option de vente) donne le droit de vendre le sous-jacent au prix d'exercice. L'acheteur d'un put anticipe une baisse, ou cherche à protéger une position.
Point clé de l'asymétrie du risque : l'acheteur d'une option risque au maximum la prime versée, tandis que le vendeur encaisse la prime mais s'expose à une perte potentiellement importante si l'option est exercée contre lui. Cette asymétrie explique pourquoi la vente d'option est considérée comme une stratégie risquée, et pourquoi les dérivés figurent parmi les instruments les plus surveillés dans le cadre des règles sur les abus de marché, un dérivé pouvant servir à amplifier discrètement une position sur un titre.
Warrants, turbos et certificats : les dérivés cotés
À côté des dérivés négociés par les professionnels, il existe des dérivés cotés en bourse accessibles aux particuliers. Ils sont émis par des banques d'investissement, qui en assurent la liquidité en les achetant et les revendant en continu. Le programme de l'examen AMF en cite trois familles principales.
Le warrant fonctionne comme une option : il donne le droit d'acheter (warrant call) ou de vendre (warrant put) un sous-jacent à un prix déterminé jusqu'à une échéance. Sa particularité est d'être coté et émis par un établissement financier, avec un effet de levier sensible à la valeur temps : plus l'échéance approche, plus le levier peut se dégrader. Le turbo est un produit à effet de levier élevé doté d'une barrière désactivante : si le sous-jacent atteint ce seuil, le turbo est désactivé et perd toute valeur. Le certificat, enfin, réplique l'évolution d'un sous-jacent selon une formule définie à l'émission.
Un repère important pour l'examen : sur ces produits cotés, l'investisseur ne peut pas perdre plus que le capital investi, contrairement à la vente d'option ou à certaines positions sur futures où la perte peut dépasser la mise. L'AMF impose un cadre d'information renforcé sur ces produits complexes, sans pour autant garantir l'investisseur contre le risque de marché.
Couverture, spéculation et effet de levier : les usages des produits dérivés
Comprendre à quoi servent les produits dérivés est aussi important que connaître leurs définitions. On distingue trois usages, tous susceptibles d'être testés :
- La couverture (hedging) : se protéger contre une évolution défavorable. Un gérant qui craint une baisse peut acheter des puts pour figer un prix de vente. C'est l'usage historique des dérivés.
- La spéculation : prendre position sur une anticipation de marché en misant sur l'effet de levier, sans détenir le sous-jacent.
- L'arbitrage : exploiter un écart de prix temporaire entre deux marchés ou deux instruments pour un gain sans risque théorique.
L'effet de levier est le fil conducteur : comme on n'engage au départ qu'une fraction de la valeur du sous-jacent (une prime ou une marge, de l'ordre de quelques pour cent), les variations de prix se répercutent de façon amplifiée sur le capital investi. Le levier joue dans les deux sens : il multiplie les gains comme les pertes. Sur les dérivés à engagement ferme, la perte peut même dépasser la mise initiale — d'où l'importance, pour un conseiller, de vérifier l'adéquation de ces produits complexes au profil du client.
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