En bref : le règlement Abus de marché (dit MAR, applicable depuis le 3 juillet 2016) est un texte européen d'application directe qui interdit l'opération d'initié, la divulgation illicite d'information privilégiée et la manipulation de marché. Il impose en outre des obligations concrètes : publication de l'information privilégiée, listes d'initiés, déclaration des opérations des dirigeants et signalement des ordres suspects.

Définition : un règlement, donc directement applicable

MAR est un règlement européen, et non une directive : il s'applique tel quel dans tous les États membres, sans transposition. C'est ce qui a permis d'harmoniser les définitions d'abus de marché dans toute l'Union. Il est complété par une directive dite MAD II, qui, elle, oblige les États à prévoir des sanctions pénales pour les cas les plus graves.

Distinction à retenir : le règlement MAR définit les interdictions et les obligations, directement applicables ; la directive MAD II impose aux États de sanctionner pénalement. En France, l'AMF sanctionne les manquements, le juge pénal les délits.

Le champ d'application

Le périmètre est volontairement large, pour éviter qu'on échappe au texte en changeant de lieu de négociation :

Conséquence pratique : manipuler un dérivé de gré à gré pour déplacer le sous-jacent coté tombe bien sous MAR.

Comment ça marche : les obligations concrètes

Pour l'émetteur

Pour les prestataires et les plateformes

Exemple concret

Le directeur financier d'une société cotée achète pour 8 000 € d'actions de son entreprise trois semaines avant la publication du rapport semestriel.

Deux règles MAR sont en jeu, indépendamment de toute information privilégiée. L'opération dépasse le seuil de 5 000 € et devait donc être déclarée sous 3 jours ouvrés. Surtout, elle intervient dans la fenêtre négative de 30 jours précédant la publication des résultats : elle est interdite par principe, même si le dirigeant n'a exploité aucune information secrète.

Les sanctions et l'articulation avec le pénal

Les manquements à MAR relèvent en France de la commission des sanctions de l'AMF : sanction pécuniaire jusqu'à 100 millions d'euros ou dix fois les profits réalisés, publication de la décision, interdictions d'exercer (2016). Les faits les plus graves peuvent être poursuivis au pénal : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 100 millions d'euros d'amende, portable au décuple du profit (2016).

Parce qu'on ne peut être puni deux fois pour les mêmes faits, une procédure d'aiguillage entre l'AMF et le parquet national financier tranche, en amont, la voie retenue (depuis 2016). Enfin, l'ESMA assure la convergence des pratiques entre régulateurs nationaux par ses orientations et ses questions-réponses.

À retenir pour l'examen

Questions fréquentes

Quelle différence entre MAR et MAD II ?

MAR est un règlement : il définit les abus de marché et les obligations, et s'applique directement dans tous les États membres sans transposition. MAD II est une directive : elle oblige chaque État à prévoir dans son droit national des sanctions pénales pour les abus les plus graves. L'un harmonise les règles, l'autre le volet répressif pénal.

La déclaration d'ordre suspect, est-ce la même chose que la déclaration de soupçon ?

Non, ce sont deux dispositifs distincts qu'il ne faut pas confondre à l'examen. La déclaration d'ordre ou de transaction suspect concerne les abus de marché et est adressée à l'AMF. La déclaration de soupçon concerne le blanchiment et le financement du terrorisme et est adressée à Tracfin.

MAR s'applique-t-il aux produits négociés de gré à gré ?

Oui, dès lors que leur valeur dépend d'un instrument admis à la négociation sur un marché réglementé, un MTF ou un OTF. C'est précisément pour cela que le champ a été élargi : manipuler un dérivé de gré à gré pour agir sur le cours du sous-jacent coté relève bien de MAR.

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