En bref : un conflit d'intérêts est une situation où l'intérêt du professionnel, de son établissement ou d'un autre client s'oppose à celui d'un client. La méthode réglementaire tient en quatre temps : détecter (cartographie), prévenir par l'organisation, encadrer si le conflit survient, et informer le client en dernier recours seulement.

Définition : ce qu'est — et n'est pas — un conflit d'intérêts

Il y a conflit d'intérêts dès lors que l'établissement, un collaborateur ou un autre client a un intérêt distinct de celui du client, susceptible de porter atteinte à ce dernier. Trois configurations à connaître :

Point capital, souvent testé : être en situation de conflit d'intérêts n'est pas une faute. C'est structurellement inévitable dans un établissement qui exerce plusieurs métiers. La faute, c'est de ne pas l'identifier, de ne pas l'encadrer, ou de le trancher au détriment du client.

Comment ça marche : les quatre étapes

1. Détecter : la cartographie des conflits d'intérêts

Chaque établissement doit recenser à l'avance les situations de conflit susceptibles de se produire dans ses activités et les formaliser dans une cartographie, tenue à jour. On n'attend pas que le conflit surgisse : on l'anticipe.

2. Prévenir : l'organisation interne

Plusieurs dispositifs concrets, tous classiques à l'examen :

3. Encadrer les cas concrets

Quand une situation se présente malgré tout, elle est remontée à la conformité (le RCCI), qui décide de la conduite à tenir : retrait du collaborateur du dossier, blocage de l'opération, inscription du titre sur la liste d'interdiction. Un registre des conflits d'intérêts consigne les situations rencontrées et les mesures prises — document que l'AMF peut demander lors d'un contrôle.

4. Informer le client : le dernier recours

Si, et seulement si, ces mesures ne suffisent pas à écarter le risque, l'établissement informe le client — clairement, sur un support durable, en indiquant la nature et la source du conflit — avant d'agir pour son compte.

L'erreur classique à éviter : croire qu'il suffit de prévenir le client pour être quitte. C'est l'inverse : l'information est un aveu d'échec organisationnel, admis seulement quand la prévention n'a pas suffi. Un établissement qui informerait systématiquement au lieu de s'organiser serait en manquement.

Exemple concret

Une banque conseille une société industrielle sur un projet de rachat encore secret. Au même moment, sa salle des marchés reçoit d'un client particulier un ordre d'achat sur cette même société.

Le conflit est double : la banque détient une information privilégiée, et deux de ses clients ont des intérêts divergents. La réponse organisationnelle est standard : le dossier de conseil est isolé derrière une muraille de Chine, le titre est inscrit sur la liste d'interdiction, aucune recommandation n'est produite dessus, et les collaborateurs informés ne peuvent ni en parler ni traiter le titre à titre personnel. Le particulier, lui, peut passer son ordre normalement : il n'a subi aucune atteinte.

Le lien avec les abus de marché

Un conflit d'intérêts mal géré bascule vite dans l'infraction. Un collaborateur qui exploite une information privilégiée obtenue dans le cadre de son travail ne commet plus un manquement déontologique : il commet un délit d'initié, sanctionné pénalement. Les murailles de Chine et les listes d'interdiction servent autant à prévenir les conflits d'intérêts qu'à prévenir les abus de marché.

À retenir pour l'examen

Questions fréquentes

Quelle différence entre liste de surveillance et liste d'interdiction ?

La liste de surveillance est confidentielle : elle recense les titres sur lesquels l'établissement détient une information sensible, pour observer les opérations réalisées. La liste d'interdiction va plus loin : elle bloque toute opération ou recommandation sur les titres concernés.

Un conseiller peut-il investir personnellement dans un produit qu'il recommande ?

Les opérations personnelles ne sont pas interdites en soi, mais strictement encadrées : déclaration préalable, autorisation de la conformité, délais de détention minimaux, interdiction sur les titres en liste d'interdiction. Recommander un titre qu'on détient sans l'avoir déclaré est un manquement.

Qui gère les conflits d'intérêts dans l'établissement ?

La fonction conformité, incarnée par le RCCI. C'est elle qui établit la cartographie, tient le registre, arbitre les cas remontés et alerte la direction. Mais chaque collaborateur a l'obligation de signaler une situation dès qu'il l'identifie.

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